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L’universitaire et opposant Babacar Diop propose, dans une tribune parvenue jeudi à l’APS, de “décoloniser la pensée politique” en Afrique et de “résister à l’oppression culturelle”. “Beaucoup de concepts [liés à] la modernité occidentale (…) ont perdu leurs énergies mobilisatrices et émancipatrices”, a constaté M. Diop, invitant l’élite politique africaine à sortir de “l’indolence intellectuelle” et à créer des concepts nouveaux, sur la base des “réalités (…) africaines”. Dans le texte intitulé “Guelwaar ou la décolonisation de la pensée politique africaine”, l’universitaire déplore le fait que “les cultures, les langues, les savoirs et les visions des peuples africains sont toujours niés, méprisés, occultés et infériorisés parce qu’ils relèveraient de la race, de l’ethnie” locales.Babacar Diop, leader des FDS-Les Guelwaar, un parti d’opposition, a livré une bataille sémantico-politique avec le ministère de l’Intérieur sur l’appellation Guelwaar, en raison de la connotation ethnique et sociale de ce mot. “Décoloniser la pensée politique (…) suppose de sortir de la tyrannie de la raison européenne, afin de valoriser correctement les innovations politiques du monde entier et leur contribution finale à la politique émancipatrice dans son ensemble”, a expliqué M. Diop. Le philosophe, enseignant à l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, auteur d’une thèse sur le socialisme de Léopold Sédar Senghor, soutient que “même des intellectuels de gauche tombent dans le piège des préjugés”, car leur vision de “l’émancipation du continent” repose sur “des concepts eurocentriques”. “Un penseur comme Karl Marx par exemple ne connaît pas notre situation”, relève Babacar Diop, estimant que la réflexion du célèbre philosophe du 19e siècle était fondée sur “la situation des opprimés d’Europe et non sur celle des pays d’Afrique”. Par conséquent, argue M. Diop, “nous avons voulu penser et agir à partir de notre propre imaginaire, de nos propres langues nationales, de notre propre mémoire collective pour résister à l’oppression culturelle et épistémologique”. Il y a, selon lui, “besoin de revenir aux affects, mythes et grands mots, afin de construire une nouvelle utopie africaine”.”La révolution doit prendre sa source dans la renaissance de valeurs traditionnelles capables d’inspirer des conduites émancipatrices’’, insiste-t-il. Le débat que suscite le mot “guelwaar” rappelle, selon lui, la confrontation politico-linguistique entre l’historien Cheikh Anta Diop et le grammairien chef d’Etat Léopold Sédar Senghor sur le terme Siggi, un mot wolof qui avait été donné à un journal d’opinion créé par le premier. La publication, dont le lectorat était constitué majoritairement d’étudiants et d’enseignants du supérieur, a été interdit de parution par gouvernement de Léopold Sédar Senghor.Une véritable bataille sémantico-politique a été menée par le célèbre historien et le chef de l’Etat par presse interposée. Siggi est un mot d’origine wolof qui veut dire étymologiquement redresser la tête, se mettre debout, avoir la tête sur les épaules. Il avait été choisi, selon le premier numéro de Siggi, en guise d’invitation faite aux Africains de s’émanciper des puissances étrangères et de traiter avec elles d’égal à égal.Léopold Sédar Senghor, agrégé de grammaire, estimait que l’on ne devrait pas, du point de vue grammatical, doubler la consonne g du mot siggi. D’autres intellectuels, dont le célèbre écrivain et réalisateur Ousmane Sembène, ancien docker reconverti en dramaturge, s’opposèrent à la décision du gouvernement de Léopold Senghor.Sembène Ousmane, surnommé le père du cinéma africain, a été victime d’une mesure similaire à la parution de son long métrage “Guelwaar”, dont toute projection était interdite au Sénégal. Contrairement à Cheikh Anta Diop, qui avait coupé court au débat polémique en adoptant le titre “Takhaw” (qui a le même sens que Siggi) pour le nom de son journal, Ousmane Sembène avait rejeté la mesure d’interdiction ayant frappé son film. Ce débat sémantico-idéologique semble intéressant à encourager dans un pays démocratique, pour élever le niveau de la culture et de la conscience politiques, selon certains observateurs. D’autant plus que la confrontation entre l’historien Cheikh Anta Diop et le président Léopold Sédar Senghor, dans les années 1960-1970, demeure “l’un des épisodes intellectuels, culturels et politiques les plus saillants de l’histoire contemporaine de l’Afrique”, selon Babacar Diop.

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